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TEMOIGNAGES

  

TEMOIGNAGE N° 1

 

TEMOIGNAGE DE MONSIEUR LUCIEN TURCHETTI DU GERS,

 REQUISITIONNE S.T.O . A L'AGE DE 16 ANS EN 1943

 

Il a travaillé à la Coupole du 02 novembre 1943 au 10 février 1944 

Le 18 octobre 1943, il y a eu un recensement de tous les italiens de 16 à 50 ans de chaque commune du département du Gers pour le travail obligatoire. Mais en fait il prirent les plus jeunes de chaque famille. C'est ainsi qu'ils m'ont recruté car je n'avais que 16 ans et j'étais le plus jeune de la commune. Je n'avais jamais pris le train ni quitté ma campagne et la perspective de partir m'avait rendu très heureux.

Le 29 octobre 1943, tous les recensés ont été rassemblés à Auch. Il y avait un train complet. Mes parents m'avaient donné deux grandes valises : une avec des vêtements et l'autre avec de la nourriture pour le trajet. Papa pleurait car il se doutait que l'on était en danger pour les jours à venir.

Et nous sommes partis avec un omnibus vers une destination inconnue. Il s'arrêtait à toutes les gares et nous profitions des arrêts pour se ravitailler en eau. Après Vierzon nous avons commencé à voir des maisons bombardées et à partir de cet endroit, les soldats qui escortaient le train ne nous ont plus laissés descendre du train pour nous approvisionner en eau. Ils tiraient des coups de fusil le long du train pour nous empêcher de descendre. Le voyage a duré trois jours et trois nuits et nous sommes arrivés à Calais le 1er novembre 1943, jour de Toussaint. Ils nous ont amené dans un grand bâtiment en pierre en face d'une usine qui avait brulé. Là nous avons passé deux jours et une nuit à attendre. Nous dormions par terre, sans lit ni couverture, les uns contre les autres pour se tenir chaud. Le soir du 2 novembre vers 21h00, ils nous ont fait monter dans des camions. Là tout le monde était dispersé mais nous ne savions toujours pas ou ils nous amenaient. Vers minuit, nous sommes arrivés à Helfaut. Dans le bois, derrière le village, il y avait des baraquements en planches contenant environ une quarantaine d'hommes. A l'intérieur, il y avait des lits superposés et la première nuit nous avons dormi sur des planches, habillés car nous n'avions ni matelas, ni couverture, ni chauffage. Dans la nuit, chacun de nous était à la recherche de sa valise. Elle avaient dû être déchargées au milieu du bois dans la boue, comme un tas d'ordures. Seule la lumière des briquets nous ont permis de les retrouver. Ce n'est que le lendemain que je me suis aperçu que nous étions une douzaine de copains de la commune de Lectoure. Le lendemain, ils nous ont porté matelas et couvertures et au bout de quelques jours, nous avons eu de la lumière puis deux poêles.

On pouvait enfin se réchauffer le soir. La journée au chantier, on récupérait des planches en guise de bois de chauffage. Tous les matins à 7h00, une personne du baraquement était désignée pour aller chercher le café dans un bidon que l'on se partageait. Aussitôt après, nous partions d'Helfaut jusqu'au chantier , à Wizernes à pied et à travers champs (environ 2 kms) pour arriver au chantier à 8h00.

Des chefs allemands constituaient des groupes pour décharger des wagons et des sacs de ciment, de charbon, des planches de coffrage et du fer. Tout se déchargeait à dos d'homme puis ces matériaux qui allaient servir à la construction du blockhaus étaient acheminés vers la coupole posés sur des sortes de chariots reliés à un câble et un treuil ; deux hommes en haut étaient désignés pour remonter ces chariots. Tous les jours le travail était le même. A midi la cloche sonnait pour annoncer le repas. Nous avion une demi-heure pour manger un bol de soupe et rien d'autre.  

Deux fois nous avons été bombardés le jour durant notre travail. La première fois, ils ont manqué leur cible et les dégâts ne furent pas très importants. La deuxième fois ils avaient touché la coupole et le chantier et tout avait été refait à nouveau. De temps en temps, des avions arrivaient du coté d'Helfaut pour nous mitrailler. C'était la panique : on se cachait ou l'on pouvait. Il y avait des abris mais nous n'avions pas toujours le temps d'y arriver. On était content que lorsqu'il y avait du brouillard car les avions ces jours-là nous laissaient tranquilles. Le soir, à 18h00 on quittait le chantier et on se dépêchait de rentrer pour passer les premiers aux cuisines car pour que tout le monde soit servi, il faillait des heures. Le repas du soir se composait d'une ration : un moreau de pain de seigle, un carré de beurre, un carré de mortadelle. Tous les jours c'était la même chose et heureusement que mes parents m'envoyaient des colis de nourriture avec des bons de pain.  

Le dimanche c'était journée libre pour laver le linge et faire la toilette, le tut à l'eau froide. L'après-midi, on allait à Blendecques acheter des sabots pour aller travailler. Ils s'usaient très vite car souvent on travaillait les pieds dans l'eau. Chaque mois les Allemands nous donnaient une petite somme d'argent pour le travail que l'on faisait.  

Tout ceci a duré trois mois et en février 1944, un copain a eu une permission de huit jours pour la naissance de sa fille. Avec un autre copain, nous avons profité de sa permission pour nous évader avec lui. Un matin à 3h00, nous sommes partis tous les trois jusqu'à Wizernes. Nous avons pris le train jusqu'à Arras, puis changé pour Paris. A Paris, nous avons pris le métro jusqu'à la gare d'Austerlitz puis le train pour Toulouse. Le plus dur à passer était Vierzon car c'était la ligne de démarcation. Nous étions tellement fatigués que nous nous sommes endormis dans le couloir du train et ainsi nous avons passé la ligne de démarcation sans nous en apercevoir. Nous avons eu beaucoup de chance, personne ne nous a jamais rien demandé. De Toulouse nous avons pris le train jusqu'à Auch et après la micheline jusqu'à Lectoure. 

Nous sommes arrivés dans la nuit à Lectoure. Nous avons laissé nos valises chez quelqu'un que nous connaissions et nous sommes rentrés à la maison à pied. Je me suis caché quelques jours à la maison mais personne ne m'a jamais rien demandé. La fin du cauchemar était arrivée.

 (source : bulletin historique du haut-pays n ° 12)

 

 

TEMOIGNAGE N° 2

 

En 1943, Paul Hazelart avait 14 ans. Ses parents souhaitaient qu'il travaille, il n'a trouvé de place que sur le chantier de la Coupole, que les Allemands érigeaient pour envoyer des fusées outre-Manche. Deux doigts cassés l'ont sauvé du chantier, il a fait le planton. Un « mauvais souvenir » sur lequel il a souhaité revenir.  

À refaire le chemin en voiture plus de soixante ans après, du bureau allemand installé près de la Coupole, à Wizernes, à celui du parfum des sapins, à Helfaut, Paul Hazelart se rend compte à quel point c'était long. À 14 ans, l'adolescent enfourchait chaque jour son vélo pour relier les deux points, des plis dans la sacoche marqués « du sceau de l'aigle ». « C'était dur, souffle-t-il. Il fallait travailler. » Il n'avait pas le choix. « Je venais de passer mon certificat d'études. Je voulais être menuisier. » Ses parents voyaient les choses autrement. À l'usine, on n'embauchait plus. Ne restaient que les Allemands. « On pouvait trouver une place en se présentant au café Sailly », se souvient Paul Hazelart. Lui vivait avec sa famille à cent mètres de là, au coron Sainte-Claire, détruit peu après dans les bombardements. Un matin, il y est allé. Pendant deux mois, il décharge ciment et sable, les Allemands bétonnent déjà ce qui deviendra la Coupole. En stoppant un wagonnet, il se casse pouce et index. Il part à l'infirmerie à l'école Levy-Ullman. À sa guérison, on propose à Paul Hazelart d'être planton.

Il faisait partie de ceux qui imaginaient ce que les Allemands tramaient sous la Coupole. « Le chef de gare, qui était allemand, nous avait dit qu'il faudrait partir, que ça allait être terrible. À l'époque j'étais jeune. C'était dur mais je n'avais pas peur. Je ne me rendais pas bien compte.

 » Il se souvient des bombardements. Des Allemands en grands manteaux de cuir, « de l'organisation Todt », qui débarquaient sur le site. Du blockhaus, près du pavillon 4 de l'actuel centre hospitalier d'Helfaut, où il avait été fait prisonnier une journée « pour avoir dit quelque chose que je n'aurais pas dû dire ». Des matins où il arrivait plus tôt que les autres pour « taper des ausweis, des laissez-passer pour ceux qui voulaient circuler ».

Et puis « les Alliés sont arrivés, c'était terminé ». Sa famille se réfugie un temps à Hallines, puis retourne à Wizernes. « Après la guerre, on retirait le bois de la Coupole pour se chauffer », se souvient-il. Aujourd'hui, il n'y met plus les pieds. « C'est un mauvais souvenir, grimace-t-il. Fallait obéir aux parents, ils m'avaient forcé à travailler pour les Allemands.

Personne ne disait rien, je n'étais pas le seul à le faire et puis j'étais sans doute le plus jeune, je n'avais pas d'autre solution. » Dans sa mémoire, la carrière de craie dans laquelle il jouait petit est devenu champ de guerre et synonyme de pensées à oublier. Il s'en tient à ça.

(source : la voix du Nord - 07/08/2010)

 

TEMOIGNAGE N° 3

 

 

Nous sommes le 25 juillet 1944, je m'appelle Ginette Schapman et j'ai peur ! J'habite Wizernes, dans le nord de la France. J'ai dix ans et je suis atteinte de la polio, maladie que j'ai attrapée cet hiver, avec mes amis alors que nous jouions à la bataille avec de la neige, mais cette dernière, impure m'a contaminée.  

J'ai du mal à marcher, j'ai mal et j'entends derrière moi les bombardements. Je suis chez moi, j'écoute la radio, le temps est au beau fixe. Je suis l'ainée de mes soeurs Yvette et Micheline auxquelles je dois tenter de faire oublier la tristesse du quotidien. 

Tout d'un coup, un bruit étourdissant. Ma mère enceinte, arrive de dehors, l'air effrayé, laisse claquer la porte en chêne contre le mur de la cuisine. Affolée, elle m'amène dans le couloir, me prend à a part pour ne pas semer la panique chez mes petites sœurs et m'annonce que l'église a été détruite par les bombardements alliés. Seules les deux cloches ont été épargnées. Nous devons partir, fuir, vite! Ma mère me charge d'habiller mes sœurs, et de préparer nos paquets avant de partir en exode. 

A gauche, l'église détuite

Rue Pierre Mendès-France à Wizernes ont aperçoit à gauche l'église détuite

Maman, elle, se charge d'aller prévenir mon père. Je la vois se déplacer avec peine, son gros ventre rond, ralentit ses mouvements. Après une trentaine de minutes nous voilà prêts. Prêts pour le grand départ. La bichette, notre chèvre bien aimée est attelée à une petite charrette. Après les dernières vérifications nous refermons la porte derrière nous. 

Je me retourne et regarde, des larmes pleins les yeux, ma grande maison en vieille pierre, et mon jardin verdoyant que je ne reverrai certainement plus ! Je serre dans mes bras ma plus jeune sœur avec comme triste musique de fond les bombardements.

 

 

TEMOIGNAGE N° 4

 

 Né en 1922 à Wizernes, Maurice Lemaître a vu les Allemands bâtir le dôme. Et l'a gardé, quatre mois, à la Libération.

La Coupole, Maurice Lemaître la voit encore comme au lendemain de la Libération. «La première galerie, c'était le générateur électrique, décrit-il. C'est malheureux, ils l'ont déplacé. Pour moi sa place d'origine c'est dans l'entrée. » Il arpente les lieux, fouille du regard, en découle un flot de souvenirs. «Là, c'était un magasin. Ici, un bureau, avec plein de paperasse», plus loin, «les Allemands entreposaient des sacs de ciment» 

De chez lui en 1944, le jeune homme voit les Allemands édifier le dôme. Les malaxeurs de béton, à l'entrée du site. Les rails, parcourir les lieux. «On ne savait pas, on se demandait. On pensait que c'était un blockhaus, se souvient Maurice Lemaître. À la Libération, on a su par les informations que la Coupole aurait dû envoyer des fusées sur Londres. Heureusement qu'ils n'ont pas eu le temps, ça aurait été catastrophique.»  

Lui, à la Libération, se retrouve à garder la Coupole. Il est là, le soir où la France est délivrée, alors les ponts et chaussées le lui proposent. «Je ne voulais pas vraiment, on m'a dit qu'il n'y avait rien à craindre. Il fallait juste empêcher les vols», dit-il. Les Canadiens dynamitent, lui et d'autres explorent. «Il fallait inventorier ce qu'il y avait.» Ça dure quatre mois. Ça change sa vie. Lui qui a fui les Allemands pendant la guerre, évadé trois fois, repris à deux reprises - «une drôle de vie, concède-t-il. Mouvementée, mais ça s'est bien passé». 

La coupole, il se souvient de la première fois qu'il y a pénétré, il était à peine adulte. «On s'est dit c'est pas croyable. C'est pas possible», souffle-t-il. «C'est bien que ce soit devenu un musée, dit-il dans les galeries. Comme ça, ceux qui n'ont pas vécu comprennent...

(source : la voix du nord - 03/08/2010)

 

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